Le bilan dit combien l'entreprise a gagné selon les règles comptables ; la liasse fiscale dit combien elle a gagné aux yeux de l'administration. Les deux chiffres partent des mêmes écritures, mais ils divergent presque toujours : une amende payée, une partie des intérêts versés à un associé ou certaines provisions pèsent sur le résultat comptable sans réduire l'impôt.
C'est précisément le rôle de ce dossier annuel : reprendre les comptes de l'exercice, les présenter dans des cadres fixés par la Direction générale des finances publiques (DGFiP), puis corriger le résultat pour obtenir la base sur laquelle l'impôt sera calculé.
La liasse fiscale, définition : une déclaration et ses tableaux annexes
Le mot « liasse » désigne au sens propre un paquet de papiers attachés ensemble. En fiscalité, il désigne l'ensemble formé par la déclaration de résultat proprement dite et les tableaux annexes qui l'accompagnent : bilan, compte de résultat, immobilisations, amortissements, provisions, déficits, détermination du résultat fiscal. Ces tableaux sont des formulaires numérotés, identiques pour toutes les entreprises relevant du même régime, ce qui permet à l'administration de les traiter de façon automatisée.
Qu'est-ce que la liasse fiscale apporte de plus que les comptes annuels ? Deux choses. D'abord une présentation normalisée, ligne par ligne, qui ne laisse pas de place à la mise en forme propre à chaque cabinet. Ensuite le passage du résultat comptable au résultat fiscal, qui n'apparaît nulle part dans le bilan.
Trois documents souvent confondus
| Document | Destinataire | Rôle |
|---|---|---|
| Comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) | Associés, et greffe pour les sociétés tenues de les déposer | Image comptable de l'exercice |
| Liasse fiscale | Administration fiscale | Base de calcul de l'impôt sur les bénéfices |
| Déclaration de revenus 2042 et 2042 C PRO | Administration fiscale | Impôt sur le revenu du foyer de l'entrepreneur |
Une entreprise individuelle au réel dépose donc deux déclarations distinctes : la liasse de son activité, puis le report du bénéfice sur la déclaration de revenus de son foyer. Une société à l'impôt sur les sociétés, elle, paie l'impôt en son nom propre à partir de sa liasse.
Quels formulaires composent la liasse fiscale ?
La composition dépend de trois critères : l'impôt qui frappe le bénéfice, la catégorie de revenus et le régime d'imposition.
Sociétés à l'IS
D'après la fiche officielle consacrée à l'IS (vérifiée le 17 février 2026), une société dépose le formulaire 2065, accompagné :
- des tableaux 2033-A à 2033-G si elle relève du régime réel simplifié ;
- des tableaux 2050 à 2059 si elle relève du régime réel normal.
Le jeu simplifié tient en sept tableaux condensés ; le jeu normal en compte davantage. L'IS concerne par défaut les SARL, SAS, SASU, SA, SCA et sociétés d'exercice libéral ; une EURL, une SNC ou une SCP peuvent y opter. La question se pose dès le choix de la structure, comme le montre la comparaison entre SASU et EURL.
Entrepreneurs individuels en BIC au réel
Un commerçant ou un artisan imposé au réel dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux remplit la déclaration de résultat 2031, avec les mêmes séries de tableaux annexes : 2033 au réel simplifié, 2050 à 2059 au réel normal. Le bénéfice est ensuite reporté sur la 2042 C PRO.
Professions libérales en BNC (déclaration contrôlée)
Pour les bénéfices non commerciaux, la logique change. La fiche Service Public (vérifiée le 21 février 2026) indique que l'entrepreneur individuel dépose la déclaration 2035, avec ses annexes 2035 A et 2035 B, en plus de la 2042 C PRO. Une société imposée à l'impôt sur le revenu qui relève des BNC ajoute le formulaire 2035-AS-SD, qui liste les associés détenant au moins 10 % du capital et les éventuelles filiales. L'entrepreneur individuel renseigne aussi un volet social qui sert de base au calcul de ses cotisations.
| Situation | Déclaration de résultat | Tableaux annexes |
|---|---|---|
| Société à l'IS, réel simplifié | 2065 | 2033-A à 2033-G |
| Société à l'IS, réel normal | 2065 | 2050 à 2059 |
| Entreprise individuelle BIC, réel simplifié | 2031 | 2033-A à 2033-G |
| Entreprise individuelle BIC, réel normal | 2031 | 2050 à 2059 |
| Libéral BNC, déclaration contrôlée | 2035 | 2035 A et 2035 B |

Qui n'a pas de liasse fiscale à déposer ?
La micro-entreprise échappe à la liasse : le micro-entrepreneur déclare son chiffre d'affaires, et l'administration applique un abattement forfaitaire au lieu de calculer un bénéfice réel. Pour les activités libérales, le régime micro-BNC s'applique en 2026 si le chiffre d'affaires hors taxes de 2024 ou de 2025 n'a pas dépassé 83 600 €. Au-delà de ce seuil deux années de suite, la déclaration contrôlée s'impose à partir du 1er janvier de l'année en cours, avec la 2035 qui l'accompagne.
L'inverse est possible : un micro-entrepreneur peut opter volontairement pour la déclaration contrôlée, au moment du dépôt de la déclaration de l'année concernée. L'option vaut un an et se renouvelle tacitement. Elle intéresse surtout une activité dont les frais réels dépassent nettement l'abattement forfaitaire, au prix d'une comptabilité complète et d'une liasse chaque printemps.
Du résultat comptable au résultat fiscal
C'est le cœur technique de la liasse. Le résultat comptable est d'abord recopié, puis corrigé par deux mouvements :
- les réintégrations : charges passées en comptabilité mais que la loi fiscale refuse de déduire (amendes et pénalités, fraction des intérêts de compte courant d'associé au-delà du taux plafond, certaines provisions, part non déductible de certains véhicules) ;
- les déductions : produits comptabilisés mais exonérés ou imposés autrement, et déficits antérieurs imputables.
Au réel normal, ces corrections figurent sur un tableau dédié de la série 2058 ; au réel simplifié, elles sont regroupées dans le cadre consacré au résultat fiscal des tableaux 2033.
Un exemple chiffré pas à pas
Prenons une SARL au réel simplifié, exercice clos le 31 décembre 2025, dont le compte de résultat affiche un bénéfice comptable de 40 000 €.
- Elle a payé 500 € de pénalités de retard à l'administration : non déductibles, elles sont réintégrées.
- Elle a versé à son gérant associé des intérêts de compte courant dont 800 € dépassent le taux maximal admis ; la fraction excédentaire est réintégrée (le mécanisme est détaillé dans l'article sur le taux d'intérêts des comptes courants).
- Aucune déduction ni déficit antérieur.
Résultat fiscal : 40 000 + 500 + 800 = 41 300 €.
La fiche officielle sur l'IS fixe en 2026 le taux normal à 25 % et un taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice, réservé aux sociétés dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 millions d'euros et dont le capital est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques (directement ou via une société elle-même détenue ainsi). Si la SARL remplit ces conditions, tout son bénéfice tombe dans la tranche réduite : 41 300 × 15 % = 6 195 € d'impôt. Sans les deux réintégrations, le calcul aurait donné 6 000 € : l'écart de 195 € est exactement ce que la liasse sert à faire apparaître.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Résultat comptable | 40 000 € |
| Réintégration pénalités | + 500 € |
| Réintégration intérêts excédentaires | + 800 € |
| Résultat fiscal | 41 300 € |
| IS au taux réduit de 15 % | 6 195 € |
Télétransmission et date limite en 2026
EDI ou EFI : deux façons de transmettre
Le papier n'est plus admis. Les deux fiches officielles décrivent deux voies :
- le mode EDI : la liasse est produite par le logiciel comptable et transmise par un partenaire mandaté, le plus souvent l'expert-comptable ;
- le mode EFI : l'entreprise saisit elle-même les formulaires en ligne dans son espace professionnel sur impots.gouv.fr.
Pour l'IS, un dépôt par un autre moyen que la voie électronique entraîne une majoration de 0,2 % du montant de l'impôt, avec un minimum de 60 €.
L'EFI convient à une structure simple ; dès que l'exercice comporte stocks, provisions ou réintégrations, la production par logiciel limite les erreurs de report entre tableaux. Une comptabilité tenue proprement tout au long de l'année, même sur un cahier de comptabilité pour les plus petites activités, reste la condition pour que la liasse se remplisse sans reconstitution de dernière minute.

Les échéances
Pour une société à l'IS, la déclaration est due dans les trois mois qui suivent la clôture de l'exercice. Quand l'exercice coïncide avec l'année civile, l'échéance est fixée au deuxième jour ouvré suivant le 1er mai, et l'administration accorde 15 jours calendaires supplémentaires pour la télétransmission. Pour un exercice clos le 31 décembre 2025, la date limite était le 20 mai 2026. Le relevé de solde de l'IS, lui, se paie au plus tard le 15 mai.
Pour une profession libérale à la déclaration contrôlée, la 2035 suit le même calendrier de printemps : échéance au deuxième jour ouvré suivant le 1er mai, prolongée de 15 jours en cas de dépôt électronique.
Une société qui clôt en cours d'année (au 30 juin ou au 30 septembre par exemple) dépose sa liasse trois mois après sa clôture, sans attendre le printemps.
Retard, oubli ou erreur : les conséquences
La fiche Service Public sur les BNC détaille le barème applicable au retard ou au défaut de déclaration :
- 10 % de majoration si la déclaration est déposée dans les 30 jours suivant une mise en demeure ;
- 40 % si elle n'est pas déposée dans ces 30 jours, ou en cas de manquement délibéré ;
- 80 % en cas de fraude ;
- une amende de 5 % des sommes omises pour une déclaration incomplète.
Faute de déclaration après mise en demeure, l'administration peut aussi établir elle-même l'imposition. Une erreur découverte après le dépôt se corrige par l'envoi d'une liasse rectificative, en suivant la même voie de transmission que l'originale, de préférence avant toute demande de l'administration.
Préparer sa liasse fiscale sans course de dernière minute
Pour une TPE dont l'exercice suit l'année civile, la liasse se prépare en réalité dès janvier :
- clôture des comptes : inventaire des stocks, rapprochement bancaire, relevé des factures non parvenues et des produits à recevoir ;
- liste des charges à réintégrer : pénalités, dépenses somptuaires, quote-part non déductible des véhicules, intérêts de compte courant au-delà du plafond ;
- vérification des déficits reportables et des éventuels crédits d'impôt à reporter sur les imprimés dédiés ;
- choix de la voie de dépôt et, en EDI, transmission des pièces au cabinet assez tôt pour tenir l'échéance de mai ;
- cohérence avec la trésorerie : le solde de l'IS tombe au même moment, et il vaut mieux l'avoir anticipé.
Le régime fiscal (simplifié ou normal, IS ou IR) se décide dès la création et conditionne toute la suite : nombre de tableaux, rythme des acomptes, travail de clôture. Pour une situation mêlant plusieurs activités ou une option fiscale, l'avis d'un expert-comptable permet de vérifier le bon jeu de formulaires avant la première échéance.
Questions fréquentes
C'est quoi une liasse fiscale, en une phrase ?
C'est la déclaration annuelle de résultat d'une entreprise au régime réel, accompagnée de tableaux normalisés (bilan, compte de résultat, immobilisations, résultat fiscal) qui permettent à l'administration de calculer l'impôt sur les bénéfices.
Un auto-entrepreneur doit-il déposer une liasse fiscale ?
Non. Le micro-entrepreneur déclare son chiffre d'affaires et bénéficie d'un abattement forfaitaire. Il ne dépose une liasse (2035 pour les libéraux) que s'il quitte le régime micro ou opte pour la déclaration contrôlée.
Le bilan peut-il tenir lieu de liasse fiscale ?
Non. Le bilan est un document comptable qui photographie le patrimoine de l'entreprise à la clôture. La liasse fiscale reprend ce bilan dans un format officiel, y ajoute d'autres tableaux et corrige le résultat pour obtenir le bénéfice imposable.
Quelle était la date limite de la liasse fiscale en 2026 ?
Pour un exercice clos le 31 décembre 2025, la télétransmission devait intervenir au plus tard le 20 mai 2026, délai supplémentaire de 15 jours compris. Pour une autre date de clôture, la société dispose de trois mois.
Peut-on remplir sa liasse fiscale soi-même ?
Oui, en mode EFI depuis l'espace professionnel sur impots.gouv.fr. Cette voie suppose de maîtriser les comptes de l'exercice et les retraitements fiscaux ; le mode EDI passe par un logiciel et un partenaire mandaté, souvent l'expert-comptable.
Sources et références
- Service Public Entreprendre, Impôt sur les sociétés (IS) : taux, déclaration, paiement — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre, Bénéfices non commerciaux (BNC) : régime de la déclaration contrôlée — entreprendre.service-public.gouv.fr




