La micro-entreprise (on dit encore souvent « auto-entreprise ») n'est pas une forme de société : c'est une entreprise individuelle soumise à un régime simplifié, à la fois fiscal et social. Vous exercez en votre nom propre, vous déclarez votre chiffre d'affaires chaque mois ou chaque trimestre, et vos cotisations sociales sont calculées en appliquant un taux fixe à ce chiffre d'affaires.
Ce fonctionnement a deux conséquences qu'il faut comprendre dès le départ. D'abord, pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations : le risque financier du démarrage est très faible. Ensuite, aucune charge n'est déductible : si votre activité demande beaucoup d'achats, de déplacements ou de sous-traitance, le régime peut coûter plus cher qu'il n'y paraît.
À qui s'adresse la micro-entreprise
Le régime convient particulièrement bien à quatre situations :
- tester une idée avant d'investir dans une structure plus lourde ;
- exercer une activité complémentaire à un emploi salarié, à des études ou à une retraite ;
- démarrer une activité de services peu consommatrice de charges : conseil, formation, développement web, rédaction, graphisme ;
- lancer une petite activité de vente dont les marges sont connues et les volumes modestes.
Certaines activités en sont exclues, notamment les activités agricoles relevant de la MSA, certaines professions libérales réglementées (officiers ministériels, par exemple) et la location de locaux nus professionnels. En cas de doute, la fiche de Service Public Entreprendre sur le régime micro-social fait foi.
Les plafonds de chiffre d'affaires en 2026
Les plafonds sont revalorisés tous les trois ans. Pour les revenus perçus en 2026, ils sont les suivants, en chiffre d'affaires hors taxes encaissé sur l'année civile :
| Activité | Plafond annuel |
|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement (hors meublés de tourisme) | 203 100 € |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 83 600 € |
| Activités libérales (BNC) | 83 600 € |
| Meublé de tourisme classé et chambre d'hôtes | 83 600 € |
| Meublé de tourisme non classé | 15 000 € |
Trois précisions évitent les mauvaises surprises :
- L'année de création, le plafond est proratisé selon le nombre de jours d'activité. Une activité de services démarrée le 1er mars dispose d'un plafond d'environ 70 000 € pour sa première année.
- En activité mixte (vente et services), le total ne doit pas dépasser 203 100 €, dont 83 600 € au maximum pour la partie services.
- Un dépassement isolé n'est pas éliminatoire. C'est le dépassement deux années consécutives qui fait sortir du régime, au 1er janvier de l'année suivante.
Les cotisations sociales : des taux fixes sur le chiffre d'affaires
Le micro-entrepreneur relève du régime micro-social. Ses cotisations (maladie, retraite, allocations familiales, CSG-CRDS) sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires encaissé. Les taux en vigueur en 2026 sont les suivants :
| Activité | Taux de cotisations | Avec versement libératoire de l'impôt |
|---|---|---|
| Vente de marchandises et fourniture de logement | 12,3 % | 13,3 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 21,2 % | 22,9 % |
| Activité libérale non réglementée (BNC, SSI) | 25,6 % | 27,8 % |
| Activité libérale réglementée relevant de la Cipav | 23,2 % | 25,4 % |
À ces taux s'ajoute la contribution à la formation professionnelle, de 0,1 % à 0,3 % selon l'activité, qui ouvre des droits à la formation.

Prenons un exemple chiffré. Une consultante en activité libérale non réglementée encaisse 4 000 € sur un mois. Elle déclare 4 000 € et paie 1 024 € de cotisations (25,6 %). Si elle a opté pour le versement libératoire, elle paie 1 112 € (27,8 %), impôt sur le revenu compris, et n'aura plus d'impôt à payer sur ce chiffre d'affaires.
L'ACRE : une réduction désormais limitée
L'aide à la création ou à la reprise d'entreprise (ACRE) réduit les cotisations au démarrage. Depuis le 1er juillet 2026, pour les micro-entrepreneurs, elle ramène les cotisations à 75 % du taux normal, soit une réduction de 25 %, jusqu'à la fin du troisième trimestre civil suivant le début d'activité.
Elle n'est plus automatique ni ouverte à tous. Elle est réservée à certains publics : demandeurs d'emploi indemnisés ou inscrits depuis plus de six mois sur les dix-huit derniers mois, bénéficiaires du RSA ou de l'ASS, jeunes de 18 à 25 ans, créateurs installés en quartier prioritaire ou en zone rurale de revitalisation, notamment. La demande doit être faite dans les 60 jours suivant le début d'activité, faute de quoi le droit est perdu.
La fiscalité : impôt sur le revenu et TVA
L'impôt sur le revenu
Par défaut, le chiffre d'affaires est reporté sur votre déclaration de revenus et l'administration applique un abattement forfaitaire censé représenter vos charges : 71 % pour la vente, 50 % pour les prestations BIC, 34 % pour les BNC. Le reste est ajouté à vos autres revenus et imposé au barème progressif.
Le versement libératoire remplace ce mécanisme par un prélèvement de 1 % à 2,2 % du chiffre d'affaires, payé en même temps que les cotisations. Il est réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas un certain plafond. Il est intéressant si votre taux marginal d'imposition est élevé, beaucoup moins si votre foyer est peu ou pas imposable.
La franchise de TVA
La plupart des micro-entrepreneurs ne facturent pas la TVA grâce à la franchise en base. En 2026, elle s'applique tant que le chiffre d'affaires de l'année précédente ne dépasse pas 85 000 € (vente) ou 37 500 € (services). Au-delà du seuil majoré (93 500 € ou 41 250 €), la TVA est due dès le premier jour de dépassement. Nous détaillons ces règles dans notre guide de la franchise en base de TVA.
Attention : le plafond de la micro-entreprise et le seuil de franchise de TVA sont deux choses différentes. Un prestataire qui encaisse 50 000 € reste micro-entrepreneur, mais doit facturer la TVA.
Les obligations au quotidien
Le régime est allégé, mais il n'est pas vide d'obligations :
- Déclarer son chiffre d'affaires chaque mois ou chaque trimestre sur le site de l'URSSAF, même s'il est nul.
- Tenir un livre des recettes chronologique et, pour la vente, un registre des achats.
- Émettre des factures conformes pour toute vente à un professionnel, avec la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » si vous êtes en franchise. Notre article sur les mentions obligatoires d'une facture détaille la liste.
- Se préparer à la facturation électronique : toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026, et les micro-entreprises devront les émettre à partir du 1er septembre 2027. Voir notre guide sur la facturation électronique.
- Ouvrir un compte bancaire dédié si le chiffre d'affaires dépasse 10 000 € deux années consécutives. Ce compte peut être un compte personnel séparé ; il n'a pas à être un compte « professionnel ».
- Payer la cotisation foncière des entreprises (CFE), dont vous êtes exonéré l'année de création.

Les limites du régime
La micro-entreprise devient un mauvais choix dans trois cas fréquents.
Vos charges réelles sont élevées. Les cotisations portent sur le chiffre d'affaires, pas sur le bénéfice. Un artisan qui achète 40 % de son chiffre d'affaires en matériaux paie quand même 21,2 % de cotisations sur la totalité. Dans ce cas, une entreprise individuelle au régime réel ou une société permet de déduire les charges.
Vous approchez des plafonds. À 80 000 € de prestations, la question n'est plus de savoir si vous allez changer de régime, mais quand et comment.
Vous voulez vous associer, lever des fonds ou rassurer de grands clients. Une société (SASU, EURL, SAS) offre un cadre plus adapté. Nous comparons les deux formes les plus courantes pour un créateur seul dans notre article SASU ou EURL.
Créer sa micro-entreprise : les étapes
- Vérifier que l'activité est éligible et, si elle est réglementée, que vous avez la qualification requise.
- Déclarer l'activité en ligne sur le guichet unique des formalités d'entreprises, géré par l'INPI. La démarche est gratuite.
- Recevoir votre numéro SIRET et vos accès à l'espace URSSAF.
- Demander l'ACRE dans les 60 jours si vous y avez droit.
- Choisir votre rythme de déclaration (mensuel ou trimestriel) et, si vous le souhaitez, le versement libératoire.
- Mettre en place vos outils : modèle de facture conforme, livre des recettes, tableau de suivi du chiffre d'affaires et, si besoin, compte dédié.
Avant de vous lancer, prenez une heure pour estimer votre chiffre d'affaires, vos charges et vos cotisations sur douze mois. Si l'exercice vous paraît flou, notre méthode pour construire un business plan vous aidera à poser les bons chiffres, même pour une petite activité.
Questions fréquentes
Peut-on être salarié et micro-entrepreneur ?
Oui, à condition de respecter votre contrat de travail : clause d'exclusivité éventuelle, obligation de loyauté et absence de concurrence avec votre employeur. Les fonctionnaires sont soumis à des règles particulières de cumul d'activités.
Que se passe-t-il si je ne déclare rien pendant un an ?
Si vous ne déclarez aucun chiffre d'affaires pendant 24 mois consécutifs, vous perdez le bénéfice du régime micro-social. Déclarer un chiffre d'affaires nul reste obligatoire à chaque échéance.
Le statut protège-t-il mon patrimoine personnel ?
Depuis 2022, le patrimoine personnel de l'entrepreneur individuel est en principe séparé de son patrimoine professionnel. Seuls les biens utiles à l'activité peuvent être saisis par les créanciers professionnels, sauf exceptions (renonciation, fraude, certaines dettes fiscales et sociales).
En résumé
La micro-entreprise est le régime le plus simple pour démarrer : formalités gratuites, cotisations proportionnelles au chiffre d'affaires, franchise de TVA dans la plupart des cas. Elle est particulièrement adaptée aux activités de services peu chargées et aux projets que l'on veut tester. Surveillez trois indicateurs : votre chiffre d'affaires cumulé face aux plafonds et au seuil de TVA, le poids de vos charges réelles, et vos besoins futurs (associés, financement, grands comptes). Quand l'un d'eux bascule, il est temps d'envisager une société.
Sources et références
- Service Public Entreprendre — régime fiscal et seuils de la micro-entreprise — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre — régime micro-social, taux de cotisations — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre — franchise en base de TVA — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre — aide à la création ou reprise d'entreprise (Acre) — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre — compte bancaire du micro-entrepreneur — entreprendre.service-public.gouv.fr



