SASU et EURL sont les deux versions « à un seul associé » des sociétés les plus répandues en France : la SAS et la SARL. Toutes deux sont des sociétés à part entière, avec une personnalité juridique distincte de la vôtre, un capital social, des statuts et une comptabilité complète.
Leur point commun essentiel : votre responsabilité est limitée à vos apports. Si la société a des dettes, vos biens personnels sont en principe protégés, sauf faute de gestion ou caution personnelle donnée à une banque. Pour le reste, elles s'opposent sur plusieurs points qui pèsent directement sur ce que vous gagnerez.
Le critère décisif : le régime social du dirigeant
C'est la différence qui change tout.
- En SASU, le président est assimilé salarié. Il relève du régime général de la Sécurité sociale, comme un salarié, mais sans assurance chômage.
- En EURL, le gérant associé unique est travailleur non salarié (TNS). Il relève de la Sécurité sociale des indépendants, gérée par l'URSSAF.
Conséquence directe : pour un même revenu net versé au dirigeant, le coût total pour la société est beaucoup plus élevé en SASU. Les ordres de grandeur couramment retenus sont les suivants :
| SASU (président assimilé salarié) | EURL (gérant TNS) | |
|---|---|---|
| Cotisations sur la rémunération | De l'ordre de 75 à 80 % du net | De l'ordre de 40 à 45 % du net |
| Cotisations si aucune rémunération | Aucune | Cotisations minimales, même sans rémunération |
| Protection maladie, maternité | Régime général | Sécurité sociale des indépendants, proche aujourd'hui |
| Retraite | Base et complémentaire Agirc-Arrco | Base et complémentaire des indépendants, droits plus faibles à revenu égal |
| Assurance chômage | Non | Non |
Ces pourcentages sont des moyennes : le taux exact dépend du niveau de rémunération, des plafonds de la Sécurité sociale et des exonérations. Une simulation sur le site de l'URSSAF ou avec un expert-comptable reste indispensable avant de décider.
Les dividendes : l'avantage passe du côté de la SASU
Une société à l'impôt sur les sociétés peut distribuer ses bénéfices après impôt sous forme de dividendes. C'est là que la SASU reprend l'avantage.
Rappel : l'impôt sur les sociétés
Le bénéfice de la société est soumis à l'impôt sur les sociétés au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, sous conditions (chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros, capital entièrement libéré et détenu au moins à 75 % par des personnes physiques), puis au taux normal de 25 % au-delà.
En SASU
Les dividendes versés au président ne supportent aucune cotisation sociale. Ils sont soumis au prélèvement forfaitaire unique, qui passe à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de la CSG votée pour 2026). Vous pouvez aussi opter pour le barème progressif avec un abattement de 40 %, si c'est plus favorable pour votre foyer.
En EURL
Les dividendes perçus par le gérant TNS sont soumis aux cotisations sociales pour la part qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant d'associé. Avec un capital de 1 000 €, presque tout le dividende est donc traité comme une rémunération sur le plan social.
C'est pourquoi on lit souvent que la SASU est faite pour les dividendes et l'EURL pour la rémunération. La réalité est plus nuancée : se verser uniquement des dividendes en SASU signifie ne cotiser ni pour la retraite ni pour les indemnités journalières.

Un exemple pour fixer les idées
Prenons une société de conseil qui dégage 60 000 € de bénéfice avant rémunération du dirigeant. Le dirigeant veut disposer d'environ 30 000 € nets par an. Les montants qui suivent sont arrondis et purement indicatifs.
- En EURL, une rémunération nette de 30 000 € coûte de l'ordre de 42 000 à 43 500 € avec les cotisations. Le bénéfice restant, environ 17 000 €, supporte l'impôt sur les sociétés à 15 %.
- En SASU, verser 30 000 € nets en salaire coûterait de l'ordre de 52 000 à 54 000 € : il ne resterait presque rien. Le président opte donc plutôt pour un salaire modeste complété par des dividendes, au prix de droits sociaux réduits.
L'EURL est plus efficace pour sortir un revenu régulier ; la SASU offre plus de souplesse pour arbitrer entre salaire et dividendes. Mais aucune des deux n'est « moins chère » dans l'absolu : tout dépend de votre façon de vous rémunérer.
Le cas du créateur indemnisé par France Travail
Si vous percevez l'allocation de retour à l'emploi (ARE), la SASU présente un intérêt particulier. Un président qui ne se verse aucune rémunération peut, sous conditions, continuer à percevoir son allocation pendant le démarrage, puisque la société ne lui verse pas de revenu d'activité.
En EURL, le gérant TNS peut aussi cumuler, mais les cotisations minimales et les règles de calcul des revenus rendent l'opération moins lisible. Dans les deux cas, déclarez votre création à France Travail et vérifiez vos droits avant de choisir. L'autre option, l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE), consiste à recevoir une partie des droits restants sous forme de capital : nous la présentons dans notre guide pour financer la création de son entreprise.
Souplesse, crédibilité et évolution
Les statuts
La SASU laisse une grande liberté de rédaction : organisation des pouvoirs, entrée de futurs associés, clauses d'agrément ou d'inaliénabilité. L'EURL est plus encadrée par le Code de commerce, ce qui la rend plus simple, mais moins modulable.
L'arrivée d'associés
Si vous prévoyez de faire entrer un associé ou des investisseurs, la SASU se transforme naturellement en SAS sans changer de forme. L'EURL devient une SARL, dont les règles de cession de parts sont plus contraignantes. Pour une levée de fonds, les investisseurs privilégient presque toujours la SAS.
Le coût de création et de fonctionnement
Les coûts sont comparables : publication d'une annonce légale, immatriculation, éventuellement rédaction des statuts par un professionnel. En fonctionnement, les deux formes imposent une comptabilité complète et des comptes annuels. Le budget d'expert-comptable est souvent un peu plus élevé en SASU, à cause de la gestion des bulletins de paie du président.
Le capital social
Aucun minimum n'est imposé dans les deux cas : 1 € suffit juridiquement. En pratique, un capital trop faible fragilise la crédibilité auprès des banques et des fournisseurs, et limite le seuil de 10 % en EURL.

Comment décider : la grille en cinq questions
Répondez dans l'ordre :
- Combien voulez-vous vous verser, et sous quelle forme ? Rémunération régulière : avantage EURL. Revenus variables, dividendes, peu de salaire : avantage SASU.
- Percevez-vous l'ARE ? Si oui, la SASU sans rémunération au départ est souvent la piste la plus simple.
- Quelle protection sociale attendez-vous ? Retraite et prévoyance plus solides : SASU avec salaire, ou EURL complétée par des contrats de prévoyance et de retraite.
- Prévoyez-vous des associés ou une levée de fonds ? Si oui, la SASU anticipe mieux l'avenir.
- Votre activité reste-t-elle modeste ? Sous les plafonds, la micro-entreprise reste plus simple et moins coûteuse que n'importe quelle société.
Les erreurs fréquentes au moment de choisir
- Choisir la SASU « parce que tout le monde le fait », puis découvrir que se verser un salaire régulier coûte très cher.
- Choisir l'EURL pour ses faibles cotisations sans anticiper les cotisations minimales des années sans rémunération ni le traitement social des dividendes.
- Oublier la protection sociale complémentaire : en EURL comme en SASU sans salaire, la prévoyance et la retraite doivent souvent être renforcées par des contrats facultatifs.
- Fixer un capital symbolique qui complique ensuite les relations avec la banque.
- Copier des statuts types sans les adapter : clause d'objet social trop étroite, pouvoirs mal définis, absence de règles pour l'entrée d'un futur associé.
- Négliger la micro-entreprise pour une activité qui démarre modestement : une société n'a d'intérêt que si elle apporte un gain réel en charges déductibles, en protection ou en crédibilité.
Questions fréquentes
Peut-on passer d'une EURL à une SASU plus tard ?
Oui, par une transformation de société. Elle demande une décision de l'associé unique, la mise à jour des statuts, parfois un rapport de commissaire à la transformation, et des formalités de publicité. C'est faisable, mais cela a un coût : mieux vaut choisir juste dès le départ.
L'EURL peut-elle être à l'impôt sur le revenu ?
Oui. Lorsque l'associé unique est une personne physique, l'EURL relève par défaut de l'impôt sur le revenu, avec une option possible pour l'impôt sur les sociétés. La SASU est par défaut à l'impôt sur les sociétés, avec une option temporaire pour l'impôt sur le revenu pendant cinq exercices au maximum, sous conditions.
Le président de SASU a-t-il droit au chômage s'il arrête son activité ?
Non, pas au titre de son mandat social. Une assurance chômage privée pour dirigeants peut couvrir ce risque, moyennant une cotisation.
En résumé
L'EURL est la forme la plus économique pour se verser une rémunération régulière, au prix d'une protection sociale un peu moins généreuse et de dividendes peu intéressants. La SASU coûte plus cher en salaire, mais offre une meilleure couverture, des dividendes sans cotisations et des statuts plus souples, ce qui en fait le choix naturel pour les projets appelés à accueillir des associés. Avant de signer des statuts, faites chiffrer les deux options sur votre cas réel : quelques heures d'expert-comptable coûtent bien moins qu'un mauvais statut.
Sources et références
- Service Public Entreprendre — SASU : ce qu'il faut savoir — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre — EURL : ce qu'il faut savoir — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Service Public Entreprendre — impôt sur les sociétés — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Bpifrance Création — choisir son statut juridique — bpifrance-creation.fr



