Une graphiste crée la SAS d'un client et règle elle-même, par carte, les frais d'immatriculation au greffe et l'annonce légale, parce que le client est en déplacement. Deux factures arrivent au nom de la future société, mais c'est le compte de l'agence qui a été débité. La question se pose alors à la fin du mois : faut-il ajouter ces montants à la facture de prestation, avec de la TVA, ou les présenter à part ?
Le vocabulaire fiscal a un nom pour ce cas : le débours, une dépense engagée pour autrui et récupérée sans passer par son propre chiffre d'affaires. L'article 267 du CGI l'encadre par des conditions strictes.
Débours : la définition retenue par l'administration fiscale
Au sens fiscal, les débours sont les sommes qu'un intermédiaire se fait rembourser après les avoir dépensées au nom et pour le compte d'un client, appelé commettant ou mandant. Le BOFiP précise qu'une telle opération réunit au moins trois personnes : le mandant (le client), le mandataire (l'entreprise qui avance l'argent) et le fournisseur qui encaisse la dépense.
Quand une agence achète du papier pour imprimer les brochures d'un client, le papier sert son propre travail : c'est une charge, pas un débours. Quand elle paie un droit dont le client est seul redevable, avec une facture à son nom, elle se contente de tenir la bourse à sa place.
Ce que recouvre le mot dans la vie d'une petite entreprise
Les cas les plus fréquents chez les indépendants et les TPE :
- les frais de greffe et d'annonce légale réglés par un prestataire qui s'occupe de formalités de création ;
- les droits d'enregistrement ou de timbre avancés par un conseil pour un dossier précis ;
- les frais de port payés auprès d'un transporteur au nom du destinataire, lorsque le contrat le prévoit ;
- la taxe de séjour collectée puis reversée, que le BOFiP range parmi les sommes exclues sous réserve de justifier le reversement intégral.
Le BOFiP traite aussi de cas immobiliers (charges locatives, copropriétés), soumis à des règles particulières.
Les cinq conditions du BOFiP pour un débours sans TVA
La doctrine administrative (BOI-TVA-BASE-10-10-30, paragraphes 200 à 230) pose des conditions cumulatives. Une seule manque, et la somme rejoint la base imposable.
- Un mandat préalable et explicite. Il n'est pas présumé. Un mandat tacite peut être admis s'il est suffisamment vraisemblable, mais c'est une tolérance difficile à prouver après coup.
- Une dépense engagée au nom du client. Le contrat passé avec le fournisseur mentionne que l'intermédiaire agit au nom d'autrui, avec l'identité et l'adresse du mandant. Sans contrat écrit, la facture du fournisseur doit être adressée directement au client.
- Une reddition de compte exacte. Le client est informé de la dépense et de son montant réel, sans arrondi ni majoration.
- Des comptes de passage. Les sommes ne transitent ni par les charges ni par les produits de l'intermédiaire.
- Une justification auprès de l'administration de la nature ou du montant exact des débours, « par tous moyens appropriés » selon le paragraphe 230 : factures des fournisseurs, copies de comptes rendus, factures détaillées adressées aux clients.
Ce que la jurisprudence a refusé
Le BOFiP cite plusieurs décisions du Conseil d'État. En 1979, des prélèvements opérés par un gérant d'immeubles n'ont pas été admis comme débours faute de preuve. En 1985, le juge a estimé qu'un résultat nul après remboursement ne suffisait pas à démontrer une reddition de compte exacte. Et en 1982 puis en 1996, des associations qui fournissaient elles-mêmes un service, ou organisaient un stage sans mandat, n'ont pas été reconnues comme intermédiaires.
La leçon pratique est simple : le débours se prouve pièce par pièce, et l'équilibre comptable ne remplace pas le justificatif.

Débours ou frais refacturés : la ligne de partage
La confusion la plus courante oppose le débours au frais refacturé, que l'on appelle parfois note de frais facturée au client. La différence se lit d'abord sur la facture du fournisseur : à quel nom est-elle établie ?
| Critère | Débours | Frais refacturé |
|---|---|---|
| Facture du fournisseur | Au nom du client | Au nom de l'entreprise |
| TVA sur la refacturation | Non | Oui, au taux de la prestation principale |
| Marge possible | Non, montant exact | Oui |
| Comptabilité | Compte de passage | Charge puis produit |
| Chiffre d'affaires | Non compris | Compris |
| Récupération de la TVA d'achat | Par le client, sur sa facture | Par l'entreprise |
Un billet de train, une nuit d'hôtel ou un repas pris pendant une mission sont achetés par le prestataire pour exécuter sa propre prestation : la facture est à son nom, la dépense nourrit son activité. Ces montants se refacturent donc comme des frais, avec la TVA de la prestation, même si le contrat prévoit qu'ils sont « remboursés à l'euro ».
Le piège de la marge
Ajouter quelques euros pour couvrir le temps passé à avancer la dépense fait disparaître le débours. Le paragraphe 10 du même BOFiP rappelle qu'une rémunération perçue par l'intermédiaire est soumise à la TVA. Si le temps consacré aux formalités doit être payé, il se facture en honoraires distincts, avec TVA, et le débours reste à son montant exact sur une autre ligne.
Rédiger la note de débours et la facture
Il existe deux présentations admises en pratique. La première consiste à ajouter les débours sur la facture de prestation, sur une ligne séparée, après le total soumis à la TVA. La seconde consiste à établir une note de débours distincte, qui ne reprend que les sommes avancées. Dans les deux cas, les justificatifs du fournisseur, établis au nom du client, sont joints, et l'entreprise en garde une copie.
Pour les mentions générales de la facture (numéro, dates, identification des parties, taux de TVA), les règles habituelles s'appliquent : elles sont détaillées dans notre guide des mentions obligatoires d'une facture.
Exemple de facture avec débours
Reprenons la graphiste. Elle facture 1 200 euros HT de prestation de création de marque et a avancé 250 euros de frais au nom de la société cliente. Elle n'est pas en franchise de TVA.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Prestation de création de marque (HT) | 1 200,00 € |
| TVA à 20 % | 240,00 € |
| Total prestation TTC | 1 440,00 € |
| Débours : frais avancés au nom du client, justificatifs joints (non soumis à TVA) | 250,00 € |
| Net à payer | 1 690,00 € |
Le calcul se vérifie pas à pas : 1 200 × 20 % = 240 euros de TVA ; 1 200 + 240 = 1 440 euros ; 1 440 + 250 = 1 690 euros. La TVA n'est calculée que sur la prestation. Les 250 euros n'en portent aucune côté prestataire, puisque la TVA éventuellement comprise dans les factures du greffe ou du journal figure déjà sur des documents au nom du client, qui la traitera de son côté selon ses propres droits.
Une fois le règlement reçu, la mention de paiement s'ajoute comme pour une facture acquittée.
Le mandat de débours : quelques lignes suffisent
Le mandat n'a pas de forme imposée, mais un écrit signé avant la dépense est la meilleure preuve du caractère « préalable et explicite » exigé par le BOFiP. Il peut s'agir d'une clause de la lettre de mission, d'un article des conditions générales acceptées par le client ou d'un court document séparé. Un mandat utile précise :
- l'identité du client mandant et celle de l'entreprise mandataire ;
- la nature des dépenses autorisées (par exemple les frais de greffe et l'annonce légale de la création) ;
- éventuellement un plafond ou un montant estimé ;
- l'engagement de remettre les justificatifs et de rembourser au montant exact ;
- la date et la signature des deux parties.
Reste à faire libeller chaque facture fournisseur au nom du client.

Enregistrer les débours en comptabilité
Le BOFiP impose que les débours passent par des comptes de passage. En pratique, on utilise un compte de tiers de la classe 4 du plan comptable, souvent le compte 467 « Autres comptes débiteurs ou créditeurs », éventuellement subdivisé par client. Le principe se résume en trois mouvements :
- au paiement du fournisseur, le compte de tiers du client est débité et la banque créditée ;
- à l'émission de la facture ou de la note de débours, la créance sur le client est constatée pour le montant avancé ;
- au remboursement, la banque est débitée et le compte de tiers soldé.
À aucun moment la somme ne touche un compte de charges (classe 6) ou de produits (classe 7). Le résultat de l'entreprise n'est donc ni augmenté ni diminué, et la dépense ne se déduit pas fiscalement chez l'intermédiaire. Comme une avance non remboursée reste une créance, un client qui tarde à payer ses débours doit être relancé comme pour une facture classique ; notre guide Relancer ses factures et éviter les impayés détaille la méthode.
Les débours pour un auto-entrepreneur
Pour un micro-entrepreneur, le débours présente un intérêt particulier : ses cotisations sociales et son impôt, s'il a opté pour le versement libératoire, sont calculés sur le chiffre d'affaires encaissé, sans déduction des dépenses. Un frais refacturé gonfle ce chiffre d'affaires et augmente donc les cotisations, alors qu'un débours correctement traité correspond à une avance remboursée, pas à une recette tirée de l'activité.
L'avantage ne vaut que si les cinq conditions sont réunies : facture du fournisseur au nom du client, mandat, montant exact, justificatifs conservés. Un billet de train ou un repas de mission, achetés au nom du micro-entrepreneur, restent des frais refacturés à inclure dans les recettes. En cas de doute sur une dépense récurrente, l'Urssaf ou un expert-comptable peuvent confirmer le traitement.
La question de la TVA se pose aussi pour le micro-entrepreneur qui dépasse les seuils de franchise : la ligne de débours reste alors hors TVA, tandis que la prestation devient taxable. Le passage à la TVA est expliqué dans l'article sur la TVA de l'auto-entrepreneur.
Erreurs fréquentes et réflexes de contrôle
Les litiges portent surtout sur la preuve. Erreurs fréquentes :
- une facture fournisseur au nom du prestataire, ce qui transforme mécaniquement la dépense en achat propre ;
- un montant arrondi ou forfaitaire, incompatible avec la reddition de compte exacte ;
- une marge ajoutée, même minime, qui fait de la somme une rémunération imposable ;
- un enregistrement en charges puis en ventes, qui efface la trace du compte de passage ;
- l'absence de mandat écrit, que la tolérance du mandat tacite ne couvre pas toujours.
Avant d'envoyer une facture comportant des débours, trois vérifications suffisent : le nom figurant sur la pièce du fournisseur, l'égalité au centime entre la pièce et la ligne facturée, et la présence du mandat dans le dossier client.
Questions fréquentes
Débours, c'est quoi en une phrase ?
C'est une dépense payée par une entreprise au nom et pour le compte de son client, puis remboursée par celui-ci au montant exact, sans TVA ni marge, et sans passer par le chiffre d'affaires de l'entreprise.
Faut-il appliquer la TVA sur les frais de débours ?
Non, si les conditions de l'article 267 du code général des impôts et du BOFiP sont remplies : mandat, dépense au nom du client, reddition de compte exacte, comptes de passage et justificatifs. À défaut, la somme est imposable au même taux que la prestation principale.
Quelle différence entre une note de débours et une note de frais ?
La note de débours concerne des dépenses dont la facture est au nom du client ; elle est hors TVA et hors chiffre d'affaires. Les frais refacturés concernent des achats faits au nom de l'entreprise pour sa propre mission ; ils entrent dans le chiffre d'affaires et supportent la TVA.
Un auto-entrepreneur peut-il facturer des débours ?
Oui, dans les mêmes conditions que toute entreprise. Les débours ne s'ajoutent alors pas aux recettes déclarées, à condition que chaque dépense soit justifiée par une facture au nom du client et remboursée à l'euro près.
Les frais kilométriques peuvent-ils être des débours ?
En règle générale, non. Les frais de déplacement, d'hébergement ou de repas sont engagés par le prestataire pour exécuter sa propre mission : ils se refacturent comme des frais, avec la TVA de la prestation.
Sources et références
- BOFiP-Impôts, BOI-TVA-BASE-10-10-30, TVA - Base d'imposition - Éléments divers exclus de la base d'imposition (version du 11/05/2022) — bofip.impots.gouv.fr




